TERRE DE VESDRE | Mots de Vesdre

Mots de Vesdre

A l’occasion d’une balade co-organisée par Pieds Sauvages et La Traversée, nous étions une vingtaine à parcourir la ville de Verviers au rythme des écrits de penseurs d’hier mais aussi d’aujourd’hui. Qu’ils viennent d’ici et la porte en eux, ou qu’ils viennent d’ailleurs et aient écrit sur la vallée, c’est toujours un plaisir de se plonger dans leurs mots, leur sensibilité, leur vision. Voici ici retranscrit tous les textes découverts lors de cette promenade en région verviétoise. Puissent-ils vous faire (re) découvrir notre belle région.


En train dans la vallée, aux XIXème siècle

De Liège à Verviers, le chemin de fer, piqué sans doute de s’entendre reprocher son amour pour les plaines et son dédain des sites pittoresques, a choisi, comme eût pu le faire une route d’autrefois, un terrain des plus accidentés; une petite rivière, la Vesdre, s’amuse à barrer le passage au railway avec une obstination mutine. A chaque pas, il faut l’enjamber par un pont. Le pont franchi, une colline se présente, vite un tunnel, et ainsi de suite alternativement.
Le paysage qu’on traverse est délicieux ; ce sont des pentes boisées, relevées d’assez de roches pour être agrestes et non sauvages, constellées de villages, de châteaux et de maisons de campagne. La Vesdre joue au fond de tout cela, à travers des saules, des aulnes et des peupliers, et produit des effets charmants.

Théophile GAUTIER, Caprices et Zigzags (1856, Hachette) | voyage effectué avec Gérard de Nerval en 1836


Vesdre, vallée d’accueil

Ici j’ai trouvé des sentiers pentus qui traversent la rondeur des saisons.
Saisons fortes, odorantes.
En octobre, les collines se déshabillent dans la soie des brumes. L’hiver mordille le rouge des doigts, le printemps repousse la pierre. L’été cuisine la terre des champs.

Luc BABA, Vesdre (2022, L’arbre à paroles)


VERT ET VIEUX

Glorieux survivant de forêts frémissantes
Un chêne, sur la route, a l’air de méditer
Resté toujours debout, en dépit des tourmentes
A tous les vents mauvais on le voit résister

Mettant son cœur à nu, des blessures béantes
Parfois le font saigner et viennent l’attrister ;
Mais il sait que la vie a des heures méchantes
Et, pour se maintenir, qu’il faut beaucoup lutter

Le sort aura donc beau recourir à la force
Pour coucher sur le flanc ce combattant meurtri
Il ne fléchira pas, par l’orage aguerri

Rien ne peut lui ravir sa vigoureuse écorce ;
Aussi, malgré les maux, dont il a tant souffert
Quand renaît le printemps, quoique vieux, il est vert !

Edmond DUESERG (origine : Verviers), Chemin faisant (1933, Vermaut) | écrit en 1924


Le penseur dans la vallée

Dans cette saison, par un beau jour, avec un ciel bleu, c’est quelquefois un ravin, souvent un jardin, toujours un paradis. — La route ne quitte pas un moment la rivière. […] Entre Chauffontaines et Verviers la vallée m’apparaissait avec une douceur virgilienne. Il faisait un temps admirable, de charmants marmots jouaient sur le seuil des jardins, le vent des trembles et des peupliers se répandait sur la route, de belles génisses, groupées par trois ou quatre, se reposaient à l’ombre, gracieusement couchées dans les prés verts. Ailleurs, loin de toute maison, seule au milieu d’une grande prairie enclose de haies vives, paissait majestueusement une admirable vache digne d’être gardée par Argus. J’entendais une flûte dans la montagne.
Mercurius septem mulcet arundinibus.

Victor HUGO, Le Rhin (1842, Hetzel) | voyage effectué en 1839


Vivre la forêt

C’est placer notre corps en situation d’expérience.
C’est lui donner une place dans nos perceptions.
C’est aussi expérimenter l’incidence que peut avoir la forêt sur nous. C’est accepter de se laisser toucher, transformer, déplacer par cette expérience.
C’est se confronter physiquement à une multitude d’altérités. C’est comprendre que notre corps et que nos perceptions du monde ne sont qu’une manière de voir et de percevoir parmi des milliers d’autres.
C’est aussi parfois sentir la rudesse et la violence du vivant.

Eric ANGENOT (origine : Mangombroux), Vivre la forêt (2025, Ulmer)


La Gileppe, bien plus qu’un simple barrage

La vallée de la Gileppe, gros ruisseau tributaire de la Vesdre, était, il y a peu d’années encore, le plus joli coin de l’Hertogenwald, l’un des derniers et rares vestiges de l’antique forêt des Ardennes.
Les épais taillis qui en ombrageaient les deux versants n’abritaient aucune habitation humaine, et le sentier tortueux, dont les coudes fréquents reproduisaient exactement ceux de la rivière, témoignait seul que l’homme n’en ignorait pas complètement l’existence. Ce n’était toutefois que de loin en loin que les eaux cristallines de la Gileppe réfléchissaient l’image d’un passant ; rarement, bien rarement, le mélancolique martin-pêcheur et la gentille bergeronnette se voyaient troublés dans leurs occupations quotidiennes par le bruit d’un pas d’homme.

Ernest CANDEZE, La Gileppe ou les infortunes d’une population d’insectes (1879, Hetzel)


Soyons fiers !

Toutes les fleurs de notre vallée,
Simples ou doubles, belles ou jolies –
Qu’au printemps on voit fleurir,
Au matin n’ont rien caché.
[…]
Oh ! Pour moi, je suis fier,
Quand je suis à l’étranger,
D’avoir été bercé
Dans un trou comme Verviers !
[…]

Corneil GOMZE (origine : Verviers), La Barcarolle (1872) | explications ici

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